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mercredi 11 novembre 2015

11 novembre: les Polonais fêtent leur indépendance.

L'armistice de la première guerre mondiale a enfin permis au Polonais de retrouver leur nation effacée de la carte pendant 123 ans. Comme dans beaucoup d'autre pays, cette "fête nationale" rime avec défilés militaires, célébrations officielles et religieuses, mais depuis quelques années, aussi avec démonstrations de force de mouvements ultra nationalistes.

La Pologne était une nation puissante durant le Moyen-Âge, puis brillante pendant la renaissance et, d'une certaine manière, démocratiquement en avance sur son temps au dix-huitième siècle. Mais en 1795, après plusieurs décennies d'affaiblissement de l'Etat, la Pologne disparaît en tant que nation et se retrouve partagée entre la Russie, la Prusse qui deviendra l'Allemagne, et l'Autriche. Cent vingt-trois ans plus tard, la révolution bolchevique a mis fin à l'impérialisme russe, et l'Autriche et l'Allemagne ont perdu la guerre: c'est l'occasion pour les Polonais de retrouver leur nation. La deuxième république de Pologne voit le jour et la date du 11 novembre sera dès lors un jour de réjouissance, mais ne sera un congé officiel qu'en 1937. Les Polonais n'en profiteront pas longtemps.

La suite est connue, en 1939, le pacte Ribbentrop-Molotov partagera la Pologne entre les deux puissances voisines. A la fin de la seconde guerre mondiale, la Pologne réapparaît sur les cartes, quoi qu’avec des frontières décalées vers l'ouest. La république populaire de Pologne verra le jour, indépendante certes, mais satellite de l'Union Soviétique. Le 11 novembre n'est plus fêté officiellement et est "remplacé" par le jour de la « renaissance de l'état polonais », le 22 juillet, date à laquelle la Pologne est devenue officiellement la République Populaire de Pologne. Depuis 1989, c'est à nouveau le 11 novembre qui est fêté.

L'événement majeur de la journée de l'indépendance est probablement la cérémonie officielle organisée à Varsovie, place Pilsudski, du nom du père de l'indépendance de 1918. Au-delà des cérémonies officielles, certains Polonais célèbrent la nation dans les églises où de nombreuses messes sont données à cette occasion tandis que d'autres battent le pavé de Varsovie durant la course "independence run". Malheureusement, ces dernières années, le 11 novembre a été également l'occasion de marches d'ultra-nationalistes (Patriot's March). Ces marches ont tendances à dégénérer et à tourner en confrontation avec les forces de l'ordre. Les participants se montrent ouvertement hostiles aux étrangers, au point visiblement d'inquiéter certaines entreprises étrangères. Le journal Gazeta Wyborcza relatait dernièrement le cas de la société IBM, basée à Wroclaw, qui avait mis en garde ses employés d'origines étrangères.

Malgré son histoire mouvementée qui a vu sa capitale déplacée plusieurs fois, ses frontières redessinées au gré des alliances et conflits, et ses terres occupées par différentes puissances, la Pologne est l'un des pays les plus homogènes culturellement en Europe, la quasi-totalité des habitants y parlent la même langue, le polonais, et y pratiquent la même religion, le catholicisme. Le sentiment national est assez ancré, en témoigne encore les dernières élections. Peut-être est-ce d'ailleurs pour cela que les Polonais s'octroient une seconde "fête nationale", le 3 mai pour célébrer la constitution de 1791. Une constitution qui, si elle n'allait pas aussi loin que celle initiée par la révolution française ou américaine, rapprochait la Pologne d'un régime démocratique.

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