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mardi 20 octobre 2015

Kopacz contre Szydło

Hier, les deux candidates au poste de premier ministre de la Pologne se sont affrontées dans un débat télévisé en vue des élections législatives de ce 25 octobre. Ewa Kopacz issue du parti OP (plateforme civique) et actuelle premier ministre, a croisé le fer avec sa rivale Beata  Szydło, candidate du parti d’opposition PIS (Droit et justice). Le débat ne devrait pas changer fondamentalement la dynamique de la campagne dominée par le PIS.

Depuis plusieurs semaines les sondages des différentes agences pointent le PIS, parti conservateur de droite, largement devant les libéraux de centre droit de la PO avec un écart minimum de 7 points de pourcentage et des scores variant de 32 à 38 % dans les dernières publications. Certes, les sondages sont ce qu’ils sont et les vrais résultats sortiront seulement des urnes, mais force est de constater la relative stabilité des prévisions en termes de position respective des deux principaux partis. Rappelons d’ailleurs qu’il y a à peine un peu plus de 3 mois, le candidat du PIS, Andjej Duda était élu Président de la République.

Les différents manœuvres de la PO pour élargir son électorat n’ont pas fonctionné jusque maintenant. Le ralliement d’anciens opposants au parti tant de gauche (Napieralski ) que de droite ( Dorn and Giertych) a davantage brouillé le message du parti qu’attiré de nouveaux partisans et l’organisation d’un référendum demandé par le troisième candidat aux dernières présidentielles de juin ( Kukisz) a été marqué par une abstention majoritaire témoignant du désintérêt de la population pour l’action du gouvernement.

Trois autres partis devraient dépasser le seuil électoral leur permettant de siéger au parlement : le Parti Paysan (catholique), le Coalition de Gauche (gauche social-démocrate) et le Parti Moderne (très libéral). Ces partis se retrouveront peut-être en position d’arbitre au lendemain des élections en permettant au PIS ou à la PO d'accéder au pouvoir par le biais de coalitions, sauf si, comme certains sondages l’indiquent, le PIS obtient un score suffisant que pour gouverner seul.

En cas d’accès de la PO au pouvoir grâce une coalition, la gestion de celle-ci ne serait probablement un moindre défi que celui de la cohabitation avec le Président Duda. Bien que les pouvoirs du président en Pologne soient limités, ces derniers mois de cohabitation ont montré que des difficultés pouvaient apparaître notamment sur le plan international. Cela a été le cas lors de la gestion de la crise de l’accueil des migrants en Europe, où le premier ministre acceptait le plan de répartition des migrants de l’UE tandis que le président attisait la crainte de la population en demandant des mesures d’hygiène pour répondre aux éventuelles épidémies causées par ceux-ci et critiquait l’attitude d’une Europe où les pays les plus grands et les plus riches imposent leur vision.

Au-delà d discours eurosceptique et nationaliste, c’est bien sur le plan « socio-économique » que le PIS semble marquer des points auprès de la population. Ainsi le PIS prévoit par exemple de rabaisser l'âge de la pension ainsi que d’offrir 500 zloty par enfants à chaque famille. La PO, juge ces mesures populistes et impossibles à financer. Ce que réfute le PIS qui compte trouver l’argent auprès des banques et des entreprises étrangères de grande distribution. Ainsi le PIS promet-il de ne pas prendre l’argent à certains Polonais pour donner à d’autres, mais de mettre en œuvre des mesures qui profitent à tous.

En effet, qui traverse la Pologne et discute avec des Polonais l’aura compris. La Pologne est depuis plusieurs années en pleine croissance économique, alors que le reste de l’Europe ne semble pouvoir sortir de la crise de 2008. Les enseignes internationales de groupes bancaires et de distributions fleurissent dans les grandes villes. Les investisseurs étrangers ont vu juste : les Polonais sont diplômés, qualifiés, travailleurs, et … bons marché. Le sentiment prédomine dans la population que les fruits de la croissance ne profitent pas à tout le monde. L’économie décolle mais pas les salaires.
Alors le 25 octobre qui de Mme Kopacz ou Madame Szydło accèdera au poste de première ministre de la Pologne ? Cela dépendra grandement de leur capacité à convaincre l’électorat de leur capacité à améliorer leur condition de vie, viendront ensuite les questions de politiques étrangères, migratoires et culturelles. 

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